Clara Dubois, rédactrice voyage, a rencontré Sophie Tremblay à Québec City en mai 2026.
Sophie Tremblay Guide touristique certifiée OTR (Office des guides touristiques et d’interprétation du Québec) Québec City, Québec 16 ans d’expérience dans l’accompagnement de groupes sur les routes d’automne québécoises Spécialité : feuillage, terroir, routes secondaires
Sophie Tremblay a commencé sa carrière de guide à 26 ans après avoir abandonné un programme de biologie forestière. “Je préférais montrer la forêt aux gens plutôt que l’étudier dans un laboratoire,” dit-elle avec un sourire en coin. Depuis, elle a accompagné des milliers de voyageurs — Français, Belges, Suisses, Québécois et quelques Japonais intrépides — sur les routes d’automne de Charlevoix, des Laurentides et de la Gaspésie.
Quand on lui demande le secret du parfait road trip d’automne au Québec, elle répond sans hésiter : “Arrêtez de courir après les spots Instagram. Les plus belles couleurs se trouvent au kilomètre 47 d’une route secondaire que personne ne prend.”
Clara Dubois : Sophie, quelle est la première chose que les touristes doivent savoir sur le feuillage québécois ?
Sophie Tremblay : Que ça dure beaucoup plus longtemps qu’ils ne le pensent. La plupart des Européens imaginent une fenêtre de deux semaines maximum. En réalité, l’automne coloré au Québec s’étale sur sept semaines, du 10 septembre dans le Saguenay jusqu’au 20 octobre dans les Cantons-de-l’Est. Si vous planifiez bien, vous pouvez enchaîner les régions et toujours être dans le pic de couleurs.
La progression va du nord vers le sud et de l’altitude vers la plaine. Les premières couleurs apparaissent dans les massifs élevés de la Gaspésie et de l’Abitibi vers le 10-15 septembre. Puis les Laurentides et Lanaudière s’enflamment vers le 25-30 septembre. Charlevoix atteint son pic autour du 2-5 octobre, puis les Cantons-de-l’Est et Montérégie terminent la saison vers le 15-20 octobre.
Clara Dubois : Quelle route d’automne est selon vous la plus incontournable ?
Sophie Tremblay : Sans hésiter, la route 138 entre Québec City et La Malbaie en Charlevoix, un matin de semaine début octobre, quand la brume monte du Saint-Laurent sous les érables enflammés. C’est l’image du Québec d’automne qu’on voit dans les magazines, mais en vrai, c’est encore mieux. Le Saint-Laurent est tellement large à cet endroit qu’il ressemble à une mer. Les falaises de Charlevoix plongent directement dans l’eau avec leurs parures de rouge et d’orange.
Mais ma route secrète, celle que je garde pour les groupes qui me font confiance, c’est la route 169 autour du lac Saint-Jean en Saguenay. Les touristes foncent vers Charlevoix et ignorent complètement le Saguenay–Lac-Saint-Jean à l’automne. C’est une erreur monumentale. Les bleuetières autour du lac, les vergers sauvages, la couleur de l’eau à cette période… il y a des moments où j’ai l’impression d’être dans un tableau de Clarence Gagnon.
Clara Dubois : Quelles sont les erreurs les plus fréquentes que vous voyez faire ?
Sophie Tremblay : La première erreur, c’est d’arriver le week-end. La deuxième, c’est de s’arrêter aux spots les plus connus — le lac Champlain en Outaouais, le belvédère du Parc de la Gatineau — et de passer ses journées à attendre en file pour prendre une photo. Ces endroits sont beaux, oui, mais une route departementale secondaire en Lanaudière ou dans les Laurentides nord offre exactement le même paysage, mais en silence, sans foule, avec la possibilité de s’arrêter n’importe où.
La troisième erreur — celle qui m’énerve le plus — c’est de vouloir visiter trois régions en quatre jours. Les voyageurs Européens ont tendance à sous-estimer les distances. Charlevoix à Gaspésie, c’est 5 heures de route. Si vous passez votre temps dans la voiture, vous ratez le film.

Clara Dubois : Charlevoix vs Laurentides vs Gaspésie — si vous deviez choisir une seule région pour une première fois ?
Sophie Tremblay : Charlevoix, sans aucune hésitation. Charlevoix, c’est un laboratoire parfait de l’automne québécois : un relief montagneux qui crée des gradients d’altitude fantastiques, une forêt mixte avec beaucoup d’érables à sucre qui donnent le rouge le plus intense, un fleuve qui sert de miroir et amplifie les couleurs, et une gastronomie de terroir pour se réchauffer le soir avec un agneau de Charlevoix et un cidre de glace local.
Les Laurentides, c’est plus accessible depuis Montréal et ça a une atmosphère de station de ski détendue. Mont-Tremblant en automne, c’est magnifique, mais c’est aussi très fréquenté et assez commercial. La Gaspésie, c’est l’expérience la plus épique — les panoramas sur le golfe, les Chic-Chocs en altitude, le cap Gaspé — mais ça demande plus de temps et de logistique.
Clara Dubois : Quel est le meilleur moment pour réserver ses hébergements ?
Sophie Tremblay : Pour les weekends d’octobre, je recommande de réserver entre 6 et 8 semaines à l’avance. Les gîtes de Charlevoix et de la Gaspésie se remplissent à des vitesses phénoménales depuis que les réseaux sociaux ont popularisé le “leaf peeping” québécois. J’ai des clients qui essaient de réserver début septembre pour le premier weekend d’octobre et qui trouvent tout complet.
En semaine, c’est différent. Je préfère toujours voyager en semaine. Les routes sont à vous, les restaurants vous accueillent mieux, les propriétaires de gîtes ont le temps de discuter avec vous. L’expérience est infiniment plus authentique. Et en semaine de milieu du mois d’octobre, les tarifs d’hébergement baissent parfois de 20-30 %.
Clara Dubois : Qu’est-ce qui fait que le feuillage québécois est différent de celui qu’on voit en Europe ?
Sophie Tremblay : La densité et la diversité des érables. Le Québec est la région la plus riche en érables à sucre — Acer saccharum — au monde. Cette espèce, quand les nuits deviennent froides et les jours encore chauds d’automne, développe des anthocyanes qui créent un rouge d’une intensité que les chênes et les hêtres européens ne peuvent pas égaler.
En Normandie ou dans les Vosges, vous avez de l’or et du rouille — c’est beau. Au Québec, vous avez du rouge sang, de l’orange flamboyant et du jaune citron, le tout en même temps, souvent sur le même arbre. Multiplié par des millions d’arbres sur des centaines de kilomètres de collines. C’est chimiquement et biologiquement différent.

Clara Dubois : Avez-vous un road trip d’automne “secret” à nous proposer pour les visiteurs qui ont déjà fait Charlevoix et les Laurentides ?
Sophie Tremblay : Oui. Lanaudière-Mauricie aller-retour sur trois jours. Départ de Montréal, route 125 Nord jusqu’à Rawdon pour les piscines naturelles encadrées de feuillage. Puis Saint-Donat, le lac Archambault, la forêt de la Matawinie. Nuit à Saint-Donat. Deuxième jour : route vers le Parc National de la Mauricie, canot sur le lac Wapizagonke en automne — les lacs sombres entourés de forêt en feu, c’est saisissant. Nuit à Trois-Rivières. Troisième jour : retour par la route 138 qui longe le Saint-Laurent — quelques détours dans les villages de la plaine agricole, érablières en activité si vous passez au bon moment.
Ce circuit se fait en voiture normale, sans aucun spot surchargé, avec une authenticité totale. Et en trois jours, vous voyez deux des plus beaux parcs naturels du Québec en même temps que le feuillage.
Clara Dubois : Un conseil final pour les voyageurs qui viennent de France pour l’automne ?
Sophie Tremblay : Prenez une semaine complète, pas un week-end prolongé. Le feuillage québécois n’est pas un monument que vous visitez — c’est un paysage qui vous enveloppe, qui change selon la météo, l’heure du jour et votre position. Pour vraiment le ressentir, il faut dormir dedans, se lever à l’aube pour voir le brouillard se dissoudre dans les érables, prendre le temps d’un café sur la terrasse d’un gîte sans regarder l’heure.
Et réservez une nuit dans un chalet en forêt, sans wifi. La nuit étoilée québécoise en automne, le silence des forêts laurentiennes, le feu dans la cheminée — ça, ça ne s’explique pas, ça se vit.
Questions rapides — idées reçues sur l’automne au Québec
L’automne québécois est-il surévalué par les médias sociaux ? ❌ Non — la réalité dépasse les photos filtrées. Les écrans ne rendent pas justice à la densité et à la tridimensionnalité du feuillage.
Il pleut beaucoup en octobre au Québec ? ⚠️ Partiellement vrai — octobre peut être pluvieux, surtout en Gaspésie. Prévoir des vêtements imperméables et garder de la flexibilité dans son itinéraire.
Le feuillage est-il au même niveau chaque année ? ❌ Non — une sécheresse estivale peut avancer les couleurs de 10 jours, tandis qu’un automne chaud et humide peut retarder le pic et réduire l’intensité des rouges.
Les Laurentides sont la région incontournable pour l’automne ? ⚠️ C’est la plus connue, pas nécessairement la plus belle. Charlevoix et la Gaspésie offrent des paysages souvent supérieurs.
Il faut une voiture 4 × 4 pour les routes secondaires ? ❌ Non — toutes les routes mentionnées par Sophie sont praticables en voiture normale. Seules les routes de pourvoirie dans la haute Matawinie nécessitent un VUS.
Conclusion — Les 3 choses à retenir
1. Choisissez une région et restez-y. Courir de Charlevoix à la Gaspésie en 3 jours = voir tout depuis une fenêtre de voiture. Choisissez une région, connaissez-la vraiment.
2. Semaine > weekend. Pour l’authenticité, les prix et l’expérience, voyager en semaine est nettement supérieur au weekend du peak foliage.
3. Réservez en juillet pour octobre. C’est contre-intuitif pour les Européens, mais les meilleures adresses d’automne québécoises se remplissent en haute saison estivale.
Pour les dates de feuillage précises par région, notre guide du feuillage automnal au Québec est la référence de la saison. Pour explorer Charlevoix après lecture, le guide complet vous attend. Pour les amateurs de Gaspésie, l’automne y est tout aussi splendide. Pour prolonger ce road trip automnal jusqu’au Canada atlantique, notre partenaire road trip Canada propose des itinéraires qui combinent le Québec et les Maritimes.