Clara Dubois, rédactrice voyage, a échangé avec Chloé Bergeron par visioconférence depuis Montréal en juin 2026.


Chloé Bergeron Conseillère en mobilité touristique régionale Montréal, Québec 10 ans d’expérience en développement du transport touristique Ancienne coordonnatrice pour un organisme régional de tourisme durable Spécialité : alternatives à la voiture, transport intermodal, accessibilité des régions


Chloé Bergeron a passé la dernière décennie à convaincre les offices de tourisme régionaux qu’une visite au Québec sans voiture n’est pas une utopie, mais une réalité de plus en plus organisée. Ancienne coordonnatrice pour un organisme de tourisme durable, elle conseille aujourd’hui des voyageurs individuels et des agences sur la meilleure façon de combiner train, autocar, covoiturage et navettes saisonnières pour explorer les régions du Québec sans jamais s’asseoir derrière un volant.

Elle reconnaît volontiers les limites du système, mais insiste : la Belle Province se laisse découvrir autrement qu’en road trip, à condition de bien planifier.


Présentation de l’experte : Chloé Bergeron

Clara Dubois : Chloé, comment en êtes-vous venue à vous spécialiser dans la mobilité sans voiture ?

Chloé Bergeron : J’ai commencé ma carrière dans le développement touristique régional, et je remarquais année après année que les visiteurs internationaux, surtout européens, arrivaient avec l’idée reçue qu’il fallait absolument louer une voiture pour voir le Québec — un poste de dépense qu’on peut pourtant recalculer entièrement grâce à notre guide du budget d’un voyage au Québec. Beaucoup n’avaient même pas de permis international ou n’étaient pas à l’aise de conduire sur de longues distances en hiver. J’ai commencé à documenter systématiquement les alternatives existantes — trains, autocars, navettes — et à les assembler en itinéraires cohérents, y compris pour bâtir un itinéraire d’une semaine au Québec réalisable de bout en bout sans voiture. C’est devenu ma spécialité, presque malgré moi.

Le réseau VIA Rail et les destinations accessibles en train

Clara Dubois : Quelles destinations touristiques sont vraiment accessibles en train au Québec ?

Chloé Bergeron : Le corridor Montréal-Québec est excellent : plusieurs départs quotidiens, trajet d’environ trois heures, gares centrales dans les deux villes. C’est objectivement plus confortable qu’une location de voiture pour ce trajet précis, puisqu’on évite la circulation et le stationnement en centre-ville.

Pour les régions plus éloignées, le train Le Chaleur qui relie Montréal à Gaspé via la vallée de la Matapédia est une expérience à part entière, même si l’horaire est limité à trois départs par semaine environ. C’est un trajet de nuit spectaculaire, avec voiture-couchette, qui longe le fleuve puis la baie des Chaleurs. En revanche, il n’existe aucune desserte ferroviaire directe vers le Saguenay-Lac-Saint-Jean, Charlevoix ou l’Abitibi : ces régions dépendent entièrement de l’autocar.

Train VIA Rail traversant un paysage québécois

Les autocars interurbains : Orléans Express et alternatives

Clara Dubois : L’autocar semble être la colonne vertébrale du réseau régional. Comment ça fonctionne concrètement ?

Chloé Bergeron : Exactement, l’autocar reste le mode le plus flexible et le plus étendu géographiquement. Orléans Express couvre l’axe Montréal-Québec-Rimouski-Gaspésie ainsi que le Bas-Saint-Laurent, avec plusieurs arrêts dans les villages en chemin. Intercar dessert le Saguenay-Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord jusqu’à Baie-Comeau et au-delà. Ces réseaux se sont beaucoup professionnalisés ces dernières années, avec des wifis à bord, des sièges réservables à l’avance et des applications mobiles pour suivre les horaires en temps réel.

La limite, c’est la fréquence en basse saison : certains villages ne reçoivent qu’un ou deux autocars par jour, parfois moins l’hiver. Il faut donc construire son itinéraire autour des horaires disponibles plutôt que l’inverse.

Covoiturage et applications de mobilité partagée

Clara Dubois : Le covoiturage est-il une option réaliste pour un touriste étranger ?

Chloé Bergeron : De plus en plus, oui. Les plateformes de covoiturage communautaire sont bien implantées au Québec, en particulier pour les trajets étudiants et interrégionaux. Pour un visiteur, c’est une excellente façon de rejoindre des destinations mal desservies par l’autocar, et souvent une occasion d’échanger avec des Québécois pendant le trajet, ce qui ajoute une dimension humaine appréciable au voyage.

Je recommande simplement de vérifier les évaluations du conducteur, de confirmer les modalités par écrit, et de prévoir un plan B en basse saison, quand l’offre de covoiturage se raréfie sur certains trajets ruraux.

Clara Dubois : Comment accède-t-on aux parcs nationaux ou aux stations de ski sans voiture ?

Chloé Bergeron : C’est le maillon le plus fragile du système, mais il s’améliore. En été, des navettes touristiques relient Québec à Tadoussac pour l’observation des baleines, avec correspondance possible vers Sacré-Cœur et le parc du Saguenay. En hiver, plusieurs navettes relient Montréal et Québec aux principales stations de ski des Laurentides et de Charlevoix, notamment le week-end. L’Outaouais, justement, illustre bien cette limite : la région se rejoint facilement en autocar depuis Montréal, mais l’exploration fine du Parc de la Gatineau demande ensuite un peu plus d’organisation locale.

Pour les parcs nationaux plus isolés, comme certains secteurs de la Gaspésie ou de la Côte-Nord, il n’existe souvent pas de navette régulière, et je conseille alors soit le covoiturage local, soit un forfait avec transport inclus proposé par une agence régionale.

Gare d'autocars interurbains dans une ville québécoise

Combiner plusieurs modes de transport pour un itinéraire fluide

Clara Dubois : Quel est votre conseil numéro un pour construire un itinéraire multimodal réussi ?

Chloé Bergeron : Toujours commencer par les horaires les moins fréquents et construire le reste de l’itinéraire autour de ces contraintes. Si vous savez qu’il n’y a qu’un autocar par jour vers une destination, c’est cette information qui doit dicter votre date de départ, pas l’inverse. Je recommande aussi de regrouper les régions par bassin de transport : Québec-Charlevoix-Saguenay se combinent bien ensemble, tout comme Montréal-Cantons-de-l’Est. Éviter les allers-retours inutiles entre deux bassins mal reliés fait gagner un temps précieux.

Budget comparé : voiture de location versus transport en commun

Clara Dubois : Le transport en commun revient-il vraiment moins cher que la location de voiture ?

Chloé Bergeron : Dans la majorité des cas, oui, surtout si l’on réserve à l’avance. Voici une comparaison type que je présente souvent à mes clients pour un séjour de deux semaines :

PosteVoiture de locationTrain + autocar + navettes
Coût de base (2 semaines)350-500 $ CA180-280 $ CA
Essence150-250 $ CAinclus dans billets
Stationnement15-30 $ CA/jour en villeaucun
Flexibilité horaireÉlevéeMoyenne (dépend des horaires)
Accès aux zones reculéesÉlevéLimité, navettes ou covoiturage requis

Le transport en commun gagne nettement sur le budget et sur le confort en ville, mais la voiture reste imbattable pour l’accès spontané aux zones rurales isolées.

Il y a aussi un coût caché souvent oublié dans les comparaisons rapides : le stress de la conduite hivernale sur des routes enneigées, surtout pour des visiteurs peu habitués à ces conditions. Plusieurs de mes clients européens me disent après coup que le confort mental de laisser conduire quelqu’un d’autre, dans un autocar chauffé avec wifi, vaut largement la perte de flexibilité horaire. C’est un facteur qu’on ne met jamais dans un tableau de comparaison de prix, mais qui pèse beaucoup dans la satisfaction globale du voyage.

Conseils pratiques pour planifier un séjour sans voiture

Clara Dubois : Un dernier conseil pour un voyageur qui hésite encore à se lancer sans voiture ?

Chloé Bergeron : Quelques réflexes essentiels avant de partir :

  • Réservez vos billets de train et d’autocar au moins trois à quatre semaines à l’avance pour les meilleurs tarifs.
  • Téléchargez les applications des transporteurs régionaux pour suivre les horaires en temps réel.
  • Privilégiez un itinéraire en boucle plutôt qu’en aller-retour pour maximiser les correspondances disponibles.
  • Contactez les offices de tourisme régionaux, qui connaissent souvent des navettes locales non répertoriées en ligne.
  • Prévoyez une marge de flexibilité d’une demi-journée en cas de correspondance manquée en région éloignée.

Le Québec sans voiture demande un peu plus d’organisation, mais offre en retour un rapport différent au territoire — on prend le temps de regarder le paysage au lieu de le conduire.


Ce qu’il faut retenir avant de partir sans voiture

  • Le corridor Montréal-Québec est le mieux desservi en train ; les régions comme le Saguenay ou Charlevoix dépendent entièrement de l’autocar.
  • Les navettes touristiques saisonnières comblent certains manques, mais restent limitées en fréquence hors saison haute.
  • Le budget transport en commun reste généralement inférieur à la location de voiture sur un séjour de deux semaines.

⚠️ À vérifier avant de partir : la fréquence des autocars et navettes chute fortement de novembre à avril dans plusieurs régions ; confirmez les horaires directement auprès des transporteurs avant de fixer vos dates.


Résumé éditorial

Chloé Bergeron démontre qu’explorer le Québec sans voiture est réalisable, à condition de composer avec un réseau multimodal exigeant en planification : VIA Rail sur le corridor Montréal-Québec et vers la Gaspésie, autocars Orléans Express et Intercar pour la majorité des régions, navettes touristiques saisonnières et covoiturage en complément. Pour prolonger la préparation du voyage, notre guide des vols pas chers vers le Québec, notre dossier sur traverser le Canada par le Québec et notre guide du budget d’un voyage au Québec permettent d’affiner un itinéraire complet, avec ou sans voiture. Pour les voyageurs qui prolongent leur séjour vers la capitale fédérale, Ottawa Tours détaille comment se déplacer à Ottawa sans voiture, un complément logique à ce guide côté québécois.